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Souveraineté

Que signifie réellement « données hébergées en Europe » ?

« Données hébergées en Europe » signifie que le prestataire annonce stocker certaines données dans des datacenters situés en Europe. La phrase est vraie ou fausse selon la liste des données qu’elle couvre. Elle ne dit pas quel droit s’applique à la société qui les détient.

Mis à jour en octobre 20268 min de lectureSources officielles citées

Pourquoi la phrase mérite d’être lue de près

La mention figure sur presque toutes les offres de messagerie et de stockage. Elle rassure, et c’est son rôle commercial. Pour un dirigeant, un DSI ou un DPO, elle n’est qu’un point de départ : le registre des traitements, un questionnaire de client ou un appel d’offres demanderont où sont les données, mais aussi qui y accède et depuis où.

Une phrase trop large crée deux risques. Le premier est de déclarer à tort qu’aucune donnée ne quitte l’Europe. Le second est de croire réglée une question qui ne l’est pas : celle de l’exploitant et du droit qui s’applique à lui. La page protéger une entreprise du CLOUD Act traite ce second point.

Europe, Union européenne, AELE, Suisse

Les plaquettes mélangent quatre périmètres.

  • Union européenne. Vingt-sept États. Le RGPD s’y applique directement.
  • Espace économique européen. L’Union, plus l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège.
  • AELE. Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse. Microsoft décrit sa frontière européenne des données comme couvrant l’UE et l’AELE.
  • Suisse. Pays européen hors Union européenne. La Commission européenne a adopté une décision d’adéquation pour la Suisse. Le droit applicable à un hébergeur suisse est le droit suisse, complété par le RGPD lorsqu’il traite des données de personnes situées dans l’Union pour un client qui y est établi. Infomaniak héberge en Suisse. Le présenter comme un datacenter français ou allemand serait inexact. Le présenter comme soumis au CLOUD Act en tant que société américaine serait inexact aussi.

Ces distinctions ne sont pas des détails de juriste. Un appel d’offres qui exige un hébergement « dans l’Union européenne » n’est pas forcément satisfait par une offre qui annonce « l’Europe » et inclut la Suisse ou un autre pays de l’AELE. À l’inverse, un hébergement suisse peut convenir à une entreprise qui a vérifié le cadre applicable. L’erreur fréquente est de traiter le mot « Europe » comme une réponse, alors qu’il appelle une liste.

Lorsque vous lisez « Europe », demandez la liste des pays.

Quelles données la phrase couvre

Une messagerie produit au moins six familles de données.

  1. Les messages et les pièces jointes.
  2. Les agendas, contacts et fichiers.
  3. Les sauvegardes.
  4. Les journaux techniques (qui s’est connecté, depuis où, à quelle heure).
  5. Les données de support (tickets, copies demandées pour un diagnostic).
  6. Les métadonnées de facturation et d’administration du tenant.

Beaucoup d’offres « hébergées en Europe » parlent de la famille 1, parfois de la 2. Les familles 3 à 5 sont celles qui partent le plus souvent ailleurs : support suivi du soleil (vos demandes passent d’une équipe à une autre à travers le monde selon le fuseau horaire), outil de tickets américain, sauvegarde chez un sous-traitant, antivirus dont les signatures ou les échantillons quittent la zone.

Ces familles ne sont pas secondaires. Les journaux disent qui travaille avec qui et à quelle heure. Une copie de boîte transmise au support pour un diagnostic contient autant que la boîte elle-même. Une sauvegarde est une seconde copie complète.

Microsoft documente, pour les services inclus dans l’EU Data Boundary, un stockage et un traitement dans l’UE et l’AELE des données client et des données personnelles pseudonymisées, ainsi qu’un stockage au repos des données de services professionnels, avec des transferts qui continuent : accès distant de personnel hors zone pour certains incidents, stockage hors zone de certains éléments de tickets escaladés, fonctions optionnelles activées par l’administrateur, clients Multi-Geo hors périmètre. Google documente des régions de données pour des contenus couverts (messagerie, agenda, fichiers, documents, selon l’édition). La documentation Google précise que des données non listées, comme certains journaux, ne sont pas couvertes par cette politique de région.

Ces deux éditeurs ont un mérite : ils publient ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas. Un prestataire, quelle que soit sa nationalité, qui n’écrit rien sur ses sauvegardes, ses journaux et son support n’offre pas plus de garanties ; il en offre seulement moins à vérifier.

Lire la liste couverte prend une heure. C’est cette heure-là qui donne un sens à la phrase.

Exemple

Une PME de services de 40 personnes, avec deux agences, compare deux offres de messagerie. Toutes deux annoncent « données hébergées en Europe ». En lisant la documentation, le DSI constate que la première couvre les boîtes et les fichiers, mais que l’outil de tickets du support est hébergé hors d’Europe et que les techniciens peuvent se connecter depuis plusieurs continents. La seconde précise le pays des boîtes, des sauvegardes et des journaux, et indique que le support intervient depuis le même périmètre, avec une trace de chaque accès.

Les deux phrases étaient vraies. Seule la seconde permet de remplir le registre sans approximation. Le choix final peut encore se faire sur d’autres critères, comme les fonctions ou le prix, mais il se fait en connaissance de cause.

Ce que la phrase ne prouve pas

Elle ne prouve pas que l’exploitant est européen. Un éditeur américain peut héberger en Irlande.

Elle ne prouve pas l’absence de transfert. Un mail envoyé à un correspondant hors d’Europe quitte l’Europe parce que l’expéditeur l’a voulu. Une pièce jointe ouverte dans un outil tiers quitte le périmètre. Enfin, si le client demande une copie de sauvegarde vers son propre coffre, la localisation et les conditions de stockage de cette copie dépendent de l’emplacement et des caractéristiques du coffre choisi par le client.

Elle ne prouve pas qui peut lire. Le chiffrement de transport (TLS) protège le trajet. Le chiffrement au repos protège le disque volé. Tant que l’exploitant détient la clé pour rendre le service, il peut techniquement accéder au contenu. C’est le cadre habituel d’une messagerie, chez un acteur américain comme chez un acteur européen. L’enjeu est alors la règle d’accès, la trace, et le droit qui s’applique à l’exploitant.

Le cadre change lorsque la clé est détenue par le client, ou conservée dans son compte derrière un mot de passe que l’exploitant ne possède pas : l’exploitant ne peut plus lire le contenu sans un geste que le client remarquerait. C’est le choix de Klytic, décrit plus bas.

Elle ne prouve pas la réversibilité. Des données hébergées à Marseille que vous ne pouvez pas exporter restent difficiles à quitter.

Les erreurs fréquentes

  • Lire la plaquette au lieu de la documentation. La plaquette résume ; la documentation de l’éditeur et le contrat décrivent le périmètre exact.
  • Oublier les fonctions optionnelles. Une option activée par un administrateur, comme une visioconférence ou un antivirus externe, peut sortir des données du périmètre annoncé.
  • Confondre lieu et exploitant. Un datacenter à Francfort exploité par une société soumise à un droit étranger reste exposé à ce droit. Voir cloud européen ou cloud américain.
  • Ne rien demander sur la sortie. Le lieu de stockage n’aide pas si l’export est incomplet ou lent.

Les questions à poser par écrit

Ces questions se posent par écrit pour une raison simple : la réponse peut être reprise dans le contrat ou dans le registre.

  • Quels pays, pour les messages, les fichiers, les sauvegardes et les journaux ?
  • Le support peut-il se connecter depuis hors de ce périmètre ? Dans quels cas ?
  • Quels sous-traitants reçoivent une copie ou un accès ?
  • Que se passe-t-il si nous activons une fonction optionnelle (messagerie instantanée, visioconférence, antivirus externe, mesure d’audience) ?
  • Sous quel délai et dans quel format récupérons-nous l’ensemble ?

Les pages RGPD et Microsoft 365 et RGPD et Google Workspace appliquent ces questions aux deux suites les plus répandues. Pour la messagerie seule, voir choisir une messagerie professionnelle européenne.

Questions fréquentes

Un hébergement en Suisse compte-t-il comme un hébergement en Europe ?

Géographiquement, oui. Juridiquement, la Suisse n’est pas dans l’Union européenne, mais la Commission a adopté une décision d’adéquation à son égard. Si votre contrat ou un appel d’offres exige l’Union européenne, il faut le vérifier avant de signer.

Si mes données sont en Europe, puis-je dire qu’aucune ne sort ?

Pas sans vérifier. Les sauvegardes, les journaux, les tickets de support et les fonctions optionnelles suivent souvent d’autres règles que les boîtes. Microsoft liste lui-même des transferts qui continuent malgré sa frontière européenne des données.

Un éditeur américain qui héberge en Europe est-il en règle avec le RGPD ?

La question est mal posée. Le lieu de stockage n’est qu’un élément ; comptent aussi le fondement des transferts, les sous-traitants et l’accès du support. Le lieu ne dit rien, en outre, du droit qui s’applique à l’éditeur.

Le chiffrement règle-t-il la question ?

Il protège le trajet et le disque. Il ne rend pas les données illisibles pour l’exploitant qui détient la clé. Ce qui compte est donc qui détient la clé, ce que le contrat en dit, et à quelles fonctions le chiffrement s’applique.

Où Klytic se situe

Lorsque le service est hébergé par Klytic pour un client européen, les données le sont en Europe. Pour un client de la zone Maurice, l’hébergement annoncé est Maurice ou Europe. Pour les autres clients, l’hébergement est assuré dans une zone géographique conforme à la juridiction applicable, sous réserve de la disponibilité des services requis. Le client peut aussi faire héberger chez lui. Pour la téléphonie, le serveur dédié est hébergé dans un cloud européen, à Maurice ou dans une zone géographique conforme à la juridiction applicable, selon la demande ou le besoin du client. Les sauvegardes suivent le même exploitant : chaque heure pour la messagerie, les documents et le CRM, chaque jour pour la téléphonie, conservation 30 jours.

Chez Klytic, la clé de chiffrement est détenue par le client, ou conservée dans son compte. Klytic n’y a pas accès : pour l’obtenir, il lui faudrait détruire ou changer le mot de passe du compte, qu’il ne possède pas, et le client s’en rendrait compte. Les étapes où le chiffrement est géré par Klytic (quarantaine du filtrage, traitement dans le CRM, mails lorsque le client n’a pas activé sa propre clé) sont détaillées dans la page protéger une entreprise du CLOUD Act. Le contrat doit décrire cette détention et ce chiffrement. Les détails publiés figurent sur les pages hébergement et souveraineté et foire aux questions.

Cette page décrit un cadre général. Elle ne remplace pas l’analyse de votre contrat.

Sources

Consultées en octobre 2026.

  • Microsoft, définition de l’EU Data Boundary et conditions d’éligibilité du tenant, dont l’exclusion du Multi-Geo. Microsoft Learn
  • Microsoft, achèvement annoncé de cette frontière en février 2025 pour les données client, les données pseudonymisées et les données de support technique au repos. Microsoft, On the Issues, 26 février 2025
  • Microsoft, transferts qui demeurent : accès distant, escalade de certains tickets, fonctions optionnelles. Microsoft Learn
  • Google, données couvertes par les régions, et exclusion des types non listés (journaux, cache). Aide Google
  • Google, choix États-Unis, Europe ou sans préférence, selon l’édition. Aide Google
  • Commission européenne, adéquation reconnue pour la Suisse. Liste des décisions d’adéquation
  • Klytic, rythme de sauvegarde publié : messagerie, documents et CRM chaque heure, téléphonie chaque jour, rétention 30 jours. Foire aux questions

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Messagerie, documents, visioconférence, CRM et téléphonie, hébergés dans la zone qui correspond à votre juridiction, par exemple en Europe ou à Maurice, ou chez vous.

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